La force des quartiers : De la délinquance à l’engagement politique

vendredi 1er décembre 2006
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Non pas une enquête, mais plusieurs : dix ans d’enquête dans la boucle que forme la Seine au nord-ouest de Paris, et qui ceinture Asnières, Nanterre et Gennevilliers.

Par vagues successives, depuis janvier 1993, l’auteur s’est consacré à une classe d’âge / classes sociale particulière, celle toujours entre deux eaux, entre école et travail. Ces jeunes, il parvient à en faire le portrait juste :une collection fragile de trajectoires sociales et personnelles, non pas le collectif toujours attendu de résignation ou de révoltes.

Ainsi, dans les portraits individuels, ou dans les changements de tel ou tel îlot urbain, voire de tel ou tel hall d’immeuble. Le resserrement de l’observation est en effet l’une des vertus de l’ouvrage, qui dépasse les notions entendues de « jeunes » ou de « ville » et de « zone sensible ». Mais sa vertu première est bien la patience : d’avoir engagé des enquêtes dont la durée fait la validité, patience aussi d’avoir pu accumuler un savoir véritable sur le temps propre de ces espaces sociaux.

Les propos tenus sur « la » banlieue la voient en effet toujours prise dans les glaces d’un temps condamné (« elle habite nulle part / y a jamais rien qui bouge ») ou dans une irruption de violence collective (« autopsie d’une émeute »). Ici, dix ans d’enquête permettent, tout simplement, de montrer le temps qui passe : celui des jeunes qui plongent et de ceux qui s’installent, celui des promesses politiques qui tiennent et de celles qui s’embourbent, celui de villes qui vivent vraiment.

Quatrième de couverture

Les « banlieues » - et les jeunes qui y habitent, en particulier ceux issus de l’immigration - sont devenues, dans les discours et les représentations, le réceptacle de tous les maux de la société française : délinquance, violence, insécurité, etc. Comment en est-on arrivé là ? Quels sont les enjeux politiques et idéologiques d’une telle mise en scène des banlieues ? Quels effets sociaux ce processus engendre-t-il sur le terrain ? Quelles réalités sociales conduit-il à dissimuler ? S’appuyant sur une enquête de terrain menée sur une longue durée, dans les Hauts-de-Seine (Asnières, Genevilliers, Nanterre, etc.), Michel Kokoreff explique que les mécanismes de ségrégation urbaine et de discrimination à l’égard des travailleurs immigrés et de leurs familles ne datent pas de l’émergence du « malaise des banlieues », mais des années 1950 et, plus encore, du XIXe siècle. Il montre que l’on assiste à une criminalisation de fait des classes populaires avec notamment la doctrine de la « tolérance zéro ». Il montre enfin que la vie sociale dans les quartiers « difficiles » ne se résume pas à la délinquance. Certes, celle-ci existe, mais on oublie trop souvent l’effervescence de ces quartiers, le dynamisme social qui en émane, le fait que beaucoup de jeunes cherchent à sortir de la « galère » par la reconversion d’un capital relationnel (la réputation) en statut professionnel (la compétence) - tout en se heurtant à de multiples obstacles liés à la déviance, à l’action policière et aux rigidités institutionnelles.

Ce livre ne prétend pas « couvrir » ce qui se passe dans les cités, encore moins trouver des « excuses sociologiques ». Il veut simplement montrer les « banlieues invisibles », donner un aperçu des ressources disponibles, du fourmillement d’initiatives, des solidarités à l’œuvre. Bref, envisager un autre regard sur les banlieues populaires.


Editeur : Payot (14 février 2003) Collection : Documents Langue : Français ISBN-10 : 2228896586 ISBN-13 : 978-2228896580



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