Françafrique, crise dans la zone Euro, Blaise Compaoré… : Ségolène Royal se lâche

Article publié le 28 novembre sur le site El Faso.net
dimanche 4 décembre 2011
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Présente à Ouagadougou dans le cadre de l’Assemblée générale statutaire de l’Association internationale des régions francophones (AIRF), Ségolène Royal, présidente de la région française Poitou-Charentes, militante du Parti socialiste (PS) a animé dans la soirée du vendredi 25 novembre 2011 à la Résidence de France, un point de presse. Les débats à bâtons rompus avec les journalistes ont porté sur le séjour de Ségolène Royal au Burkina Faso, le printemps arabe, la crise financière dans la zone Euro, la politique française en Afrique, le sort de la Françafrique si le PS revient aux affaires en France, etc.

Morceaux choisis.

Rencontre avec le chef de l’Etat burkinabè : "Avec le président Blaise Compaoré, nous avons parlé de l’autonomie alimentaire, de la décentralisation, de l’accès à l’eau potable et à l’éducation. Nous avons également parlé de son rôle très éminent dans la résolution des conflits dans la sous-région. Au cours de notre entretien, il a également été question de l’histoire du Burkina Faso. Le président Compaoré m’a donné les raisons de la vitalité culturelle au Burkina Faso, de la coexistence pacifique entre les différentes ethnies. Il m’a notamment dit que parce que le Burkina est situé loin des frontières maritimes, il avait été moins bouleversé par les prédateurs venus d’ailleurs. Le pays a donc su garder ses racines tout en se tournant vers la modernité. L’histoire du Burkina est absolument passionnante. Le président nous a aussi exprimé ses condoléances pour le décès de Danielle Mitterand (NDLR, épouse de l’ancien président français, François Mitterrand). Il a rappelé que la Fondation France Liberté avait soutenu le Burkina Faso dans la lutte contre la subvention de certains cotonculteurs lors du sommet de Cancun."

Crise sociopolitique au Burkina : "Le Burkina peut compter sur moi dans sa volonté de redorer son image à l’étranger. Nous avons d’ailleurs été remerciés pour avoir maintenu la tenue de l’Assemblée générale de l’AIRF à Ouagadougou parce que les gens croyaient qu’on l’aurait annulée ou délocalisée à cause des troubles sociopolitiques que le Burkina a connus. J’ai absolument refusé d’annuler la rencontre sous prétexte qu’il y avait eu des problèmes qui, du reste, avaient été surmontés. Par cette réunion internationale, le Burkina a pu profiter de cette tribune très positive pour redorer son image."

Printemps arabe : "Les peuples revendiquent plus de dignité. Il y a des mouvements d’émancipation plus durs et plus effroyables en Libye ou en Syrie. Ce sont vraiment des révolutions contre des dictatures. Dans le cas du printemps arabe, il s’agit de revendication d’accès à un certain niveau de vie. Avec la mondialisation, les peuples dans tous les pays veulent vivre dignement. L’important est que les dirigeants comprennent que les peuples veulent accéder à l’éducation, à la culture, qu’il faut lutter contre la corruption, les injustices." Crise dans la zone Euro : "Il faut arrêter d’être assujetti à des agences de notation payées par la banque. Je suis pour la création d’une agence publique de notation européenne qui pourra établir des critères clairs. Lorsqu’on dit à la Grèce de supprimer les systèmes de retraite, de baisser les salaires, d’augmenter les impôts sans insister sur la lutte contre les fraudes fiscales ou poser le problème de répartition des richesses, il y a un vrai problème. J’en ai parlé à Georges Papandréou, l’ancien Premier ministre grec. Il m’a confié qu’il n’arrivait pas à lutter contre les fraudes fiscales et que si les agences du FMI lui donnaient des instructions dans ce sens, il pourrait agir. Mais rien n’est fait dans ce sens. Les mesures tombent toujours sur les ouvriers mais jamais sur le système bancaire ou les grandes fortunes. Il faut que les efforts soient équitablement fournis."

Elections législatives françaises : "Je ne suis pas hypocrite pour cacher mes ambitions politiques. J’ai envie de servir mon pays au plus haut niveau. Je suis la première femme à arriver au second tour d’une élection présidentielle en France. Je n’ai pas été désignée cette année par mon parti pour prendre part à la présidentielle de 2012. Cela ne m’a pas fait plaisir. Mais je joue collectif dans l’organisation politique à laquelle j’appartiens. Et si je ne suis pas la première femme présidente de la République, je serai peut-être la première femme présidente de l’Assemblée nationale. J’ai fait quatre mandats en tant que député. Même lorsque la Gauche était au plus bas en 1993, j’étais la seule députée à ce moment-là à avoir augmenté mon score dans ma circonscription en Poitou-Charentes. Cette fois je me présente à la Rochelle, qui est aussi ma région avec pour objectif d’être présidente de l’Assemblée. Il est normal que la Gauche organise le travail pour l’après-élection."

Primaires françaises  : "J’ai vécu la campagne de façon formidable. Car j’adore faire les campagnes électorales et en plus je déclenche une adhésion populaire. Il y avait du monde partout où j’étais : les réunions publiques, les dédicaces de livres, les visites dans les banlieues, etc. Le fait d’avoir été écarté a été un choc pour moi. Mais je le comprends, parce que comme les gens veulent le changement, ils ont voté pour celui qui apparaissait dans les sondages comme le mieux placé. En toute modestie, j’accepte ce résultat. En même temps je regrette que les quartiers populaires qui m’ont amenée au second tour à l’élection présidentielle en 2007, c’est-à-dire la France métissée, n’aient pas voté aux primaires." Paradoxe d’être adoubée par le bas peuple et écartée au sein du parti : "C’est la règle des élections qui est ainsi faite. Il y a des primaires et il faut accepter les résultats. On ne savait pas qui viendrait voter. Je n’ai pas été désignée mais il faut soutenir, tous, le candidat qui l’a été. Je fais ce que j’aurais aimé que tout le monde fasse pour moi en 2007 : que tout le monde me soutienne au PS mais ce ne fut pas le cas. Mais je le fais, moi, avec une loyauté totale."

Une femme à la tête de la France : "La France est prête pour avoir une femme comme présidente. Parce qu’en 2007, j’étais majoritaire dans l’électorat âgé c’est-à-dire jusqu’à 65 ans. Mais la tendance a changé chez ceux qui avaient plus de 65 ans. C’est peut-être plus difficile dans cette population là de se projeter avec une femme présidente. Mais ce n’est que partie remise."

La place de l’Afrique dans la politique du PS : "L’Afrique occupe une place essentielle dans notre programme politique. J’ai toujours plaidé pour un nouveau dialogue entre l’Europe et l’Afrique. Nous devons être solidaires autour de la Méditerranée. L’Afrique et l’Europe font un tout. La présence française ainsi que les coopérations sont très importantes. La Chine est présente en Afrique, pas forcément de façon positive. Même si on n’a pas de leçon à donner vu l’histoire coloniale, il faut reconnaître que nous assistons à un expansionnisme chinois en Afrique. Après les entreprises, la Chine amène la main-d’œuvre. Dans les rapports, il y a une forme de prédation de la Chine sur l’Afrique. Cela m’inquiète personnellement. Je parle librement. Je pense que l’Europe doit tenir toute sa place dans des coopérations respectueuses. C’est ce que la France fait en particulier avec l’Afrique."

Le PS et la Françafrique : "Je ne suis pas là pour critiquer la politique française. Cela ne se fait pas d’autant plus qu’on est à l’étranger. Mais je pense qu’il faut profondément changer les politiques de coopération avec les pays africains. Cette idée est partagée aussi bien à gauche qu’à droite. Il faut pouvoir mettre fin à la corruption et faire en sorte que l’argent donné dans le cadre de la coopération parvienne effectivement aux bénéficiaires initiaux."

JACQUES THÉODORE BALIMA Fasozine




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