Appel collectif. Soutien au peuple guyanais

mardi 25 avril 2017
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Depuis le 27 mars, les Guyanais, en lançant une grève générale illimitée qui a empêché le décollage de la fusée Ariane, se sont engagés dans un mouvement très déterminé pour dénoncer l’insécurité, le manque d’investissement et l’état délabré de leurs services publics, hôpitaux, écoles, un taux de chômage deux fois plus élevé qu’en métropole, et qui atteint 55 % pour les jeunes, et 44 % de taux de pauvreté.

La France a fait de la base de Kourou une vitrine scientifique spatiale de renommée mondiale, mais une grande partie de Guyanais estiment que les retombées économiques et sociales pour la population de 245 000 habitants de ce territoire, grand de 84 000 km2, sont insuffisantes. La fracture territoriale est en effet manifeste entre les 179 millions d’euros que Paris verse par an au Centre spatial guyanais, soit 76 % du budget spatial européen, plus 20 millions à chaque tir, et le retard de ce département en ce qui concerne l’éducation, la santé, les infrastructures publiques, le foncier, le social, l’agriculture et l’accès aux institutions publiques et donc aux droits. Déjà, en février dernier, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, émettait un rapport alarmant sur la situation, pointant du doigt toutes les instances publiques. Ce rapport mettait en avant la nécessité d’une école accessible, de qualité et gratuite (transport scolaire et restauration compris), la nécessité d’un nouveau maillage sanitaire afin de ne pas rendre difficile l’accès aux soins des peuples autochtones amérindiens et bushinengués notamment, et la nécessité d’un accès aux droits sociaux plus marqué.

Le mouvement social actuel exprime un ras-le-bol face à l’incurie de l’État français. Les Guyanais portent des revendications légitimes et nécessaires face à cette situation critique, par les voix unies de leurs élus – dont 13 des 22 maires ont rendu leur écharpe tricolore symboliquement, car ne se considérant pas traités comme des Français à part entière –, leurs syndicats (l’UTG, Union des travailleurs guyanais), leurs collectifs citoyens, comme les «  500 frères  » et Trop Violans. Réunis dans le collectif Pou Lagwiyann Dekolé, ils demandent des investissements publics d’urgence à hauteur de 2,5 milliards et estiment les propositions faites par la ministre des Outre-Mer, Ericka Bareits, et le ministre de l’Intérieur, Matthias Fekl, à hauteur de 1 milliard, insuffisantes et incertaines, car étalées sur cinq à dix ans et à l’état de promesses. Nous apportons notre soutien aux revendications légitimes du peuple guyanais exprimées par ses représentants et appelons citoyens, médias et organisations à le soutenir et à l’imiter dans sa lutte pour l’égalité, la justice sociale et le respect des droits fondamentaux. À cette occasion, il importe de rappeler que ce traitement inégal est dû au racisme structurel dont sont victimes les peuples ultramarins.

Ces territoires sont les dernières colonies de la France. La situation actuelle est la conséquence du génocide des Amérindiens, de la traite négrière transatlantique et du colonialisme. Comme la précédente mobilisation en Guadeloupe (Lyannaj), en Martinique et déjà en Guyane en 2009 l’a démontré, c’est ce passif qui doit faire l’objet de réparations. La dette coloniale de la France envers la Guyane comme envers toutes les colonies est une affaire de justice. Le plan d’urgence de 3 milliards exigé par le peuple guyanais n’est qu’une faible partie du remboursement par l’État français de cette dette.

Premiers signataires  : Nils Andersson, président du CS de Sortir du colonialisme, Farid Bennaï, membre du réseau Reprenons l’initiative (contre les politiques de racialisation), Adda Bekkouche, juriste, Martine Boudet, membre du CS d’Attac France, coordinatrice d’Urgence antiraciste (éditions du Croquant, 2017), Christian Delarue, membre du CA du CADTM, militant altermondialiste et antiraciste, Patrick Farbiaz, porte-parole de Sortir du colonialisme, Évelyne Perrin, présidente de l’association Sang pour sans, Romain Telliez, maître de conférences en histoire, Louis-Georges Tin, président du Cran, Jean-Michel Toulouse, militant d’Attac France.

Urgence antiraciste –Pour une démocratie inclusive- (Collectif, Ed du Croquant, mars 2017) https://editions-croquant.org/les-c...




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