Pourquoi la semaine d’action anti coloniale ?

samedi 5 février 2011
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La Semaine anticoloniale est organisée depuis 6 ans par un collectif unitaire regroupant plus de 50 associations. Aujourd’hui l’association, « Sortir du Colonialisme » a été créée à par celles et ceux qui ont jusqu’ici tenu à bout de bras cette initiative citoyenne originale qu’est la Semaine anticoloniale. Cette Semaine anticoloniale est à la fois un vaste forum de discussion et un moment d’initiatives concrètes, politiques et culturelles vise à fédérer tous ceux pour qui l’anticolonialisme, n’est pas seulement une commémoration de quelques grands évènements mais veut exprimer la mémoire vivante des luttes d’aujourd’hui et de demain. Frantz Fanon, Medhi Ben Barka, Gandhi, Thomas Sankara, Bolivar, Toussaint Louverture, Lumumba, et tant d’autres ne sont pas des reliques du passé mais des références présentes. Cette année, la révolution démocratique arabe fait de la Semaine un évènement exceptionnel. De Tunis au Caire, une deuxième décolonisation a commencé, celle prise en main par les peuples victimes de dictatures liés aux intérêts du nouvel ordre colonial. Les peuples arabes sont en train de donner une expression concrète et positive à la sortie du colonialisme. Nous nous en réjouissons et nous ferons de la manifestation du 26 février, point d’orgue de la semaine , une manifestation de solidarité avec les peuples de cette région et une dénonciation de la politique étrangère néo conservatrice du gouvernement Sarkozy.

Nous n’avons pas choisi les dates de » La Semaine anticoloniale » au hasard :

- Le 21 février 1944 les nazis assassinaient un groupe de 23 résistants de la Main-d’Oeuvre Immigrée, arméniens, juifs polonais, juifs hongrois, espagnols, italiens, dirigé par le résistant communiste arménien. Manouchian et restés dans l’histoire sous le nom de » l’Affiche Rouge ». Le groupe Manouchian combattait le fascisme, le racisme, le nationalisme Il défendait l’esprit universaliste de la révolution française et de la Commune de Paris qui avaient intégré des militants politiques étrangers comme combattants de la République. Dans les années cinquante et soixante, le 21 février était devenu la journée anticolonialiste et antiimpérialiste, soulignant le droit des peuples à disposer d’eux mêmes. Nous voulions reprendre cette tradition en l’inscrivant dans l’actualité : la traque des parents et des enfants d’immigrés, la chasse aux sans papiers., le délit de faciès, les expulsions de demandeurs d’asile, les camps de rétention, l’utilisation des étrangers comme des boucs émissaires . la suite allait être encore pire. L’élection de 2007 débouchait sur la constitution d’un Ministère de l’Identité nationale et de l’immigration , renvoyant aux heures les plus tragiques de notre pays. L’esprit de Manouchian, l’esprit de la Fraternité entre français et immigrés est donc devenu le ciment de la semaine .

- Le 26 févier 1885 clôturait la conférence internationale de Berlin, au nom de leur prétendue mission civilisatrice et humanitaire les puissances occidentales dépeçaient l’Afrique pour se partager des empires coloniaux. Là aussi cette date symbolisait une politique encore actuelle, celle de la Françafrique, de la politique néo colonialiste de la France en Afrique où le plus souvent elle cautionne des élections truquées, favorisant ses affidés, à Djibouti, au Congo Brazzaville, au Gabon où elle soutient les dictateurs, au Tchad ou en Centrafrique. Nous n’acceptons pas la politique des entreprises françaises multinationales qui comme Areva tente d’imposer sa loi au Niger. Bolloré, Total, Bouygues, GDF Suez, Veolia, et tant d’autres considèrent les anciens pays colonisés par la France comme des terrains de chasse où pour s’imposer face à la concurrence chinoise ou américaine. La Conférence de Berlin a ouvert un cycle qui n’est pas refermé. Du Rwanda à la Côte d’Ivoire a plongé l’Afrique dans une dynamique de conflits inter ethniques, a produit des guerres artificielles, a été un champ de manœuvres pour les mercenaires et les marchands d’armes du monde entier,

- Le 23 février 2005 l’Assemblée nationale votait un amendement scélérat sur le bilan positif de la colonisation alors que pendant plus de quatre siècles la France a participé activement à la traite négrière, à la déportation des populations de l’Afrique sub-saharienne, a massacré et imposé sa loi sur des dizaines de peuples dont elle a pillé les richesses, détruit les cultures, ruiné les traditions, nié l’histoire, effacé la mémoire.

La semaine est née de la colère suscitée par cette loi qui symbolisait le retour en force du discours colonial. Depuis quelques années, une véritable bataille se joue autour du débat sur le caractère positif de la colonisation, sur l’identité nationale, sur la place de l’immigration dans la société française. Cette guerre des mots fait des dégâts et divise la société française frappée par la crise globale financière, économique, sociale, écologique, entraînée par la globalisation. Cela se traduit concrètement par les provocations et les insultes de toutes sortes employant un langage discriminatoire vis à vis de toute une catégorie de la population.. ; nettoyage au karcher », « racaille »,« voyous ». Les déclarations publiques incessantes des politiques :« barbares »,« islamistes », « communautaristes », » sous - hommes » … contribuent à un climat sécuritaire, et surtout importent la guerre de civilisations dans nos quartiers.

Mais cette loi sur la colonisation positive a aussi engendré une guerre des mémoires où les nostalgiques de l’OAS et de l’Algérie française tiennent le haut du pavé de Perpignan à Belfort et de Montpellier à Marignane. Des stèles, des musées, des noms de rues sont attribués à des assassins. Les factieux d’alors racontent une histoire légitimée par les discours du Président de la République à Toulon ou à Dakar.

D’autres dates jalonnent cette semaine anticoloniale comme celle du 21 février 1965 où Malcom X, le leader noir américain était assassiné alors qu’il devenait le symbole de la lutte de libération des Noirs américains ou comme celle de l’assassinat d’Augusto Sandino, qui osa affronter dans les années vingt l’impérialisme américain et le dictateur à sa solde .

La semaine anticoloniale a quelques objectifs dans lesquels se retrouvent tous les mouvement qui y participent librement, en organisant ensemble ou chacun leurs propres évènements :

- débattre partout de l’histoire de la colonisation de son actualité
- dénoncer l’impunité des crimes coloniaux d’hier et d’aujourd’hui
- donner la parole aux victimes de la colonisation et à leurs enfants, d’informer sur les luttes de libération nationales et soutenir les luttes des peuples victimes de la colonisation.
- dénoncer la recolonisation économique et l’ingérence des multinationales dans la vie politique, économique et sociale des pays où elles développent leurs activités et comprendre les processus de la mondialisation néo-libérale.
- mobiliser les jeunes et la population dans les quartiers, les lycées, les universités autour de la solidarités internationale et de l’égalité des droits
- interpeller les candidats aux élections sur ce qu’ils comptent faire pour en finir avec la fracture coloniale qui entretient les représentations héritées de notre histoire qui favorisent les discriminations accroissant les inégalités,

Redonner un sens et une cohérence à nos luttes en liant l’anticolonialisme à la lutte postcoloniale pour l’égalité des droits ici et maintenant dans les quartiers populaires, tel est le sens de cette semaine anticoloniale, Ce n’est pas seulement au nom de la mémoire que nopus menons le combat anticolonial. Comme la révolution tunisienne vient de le montrer, la décolonisation n’est pas terminée. Les peuples en entrant en résistance, sont entrain de prouver au contraire que contrairement à l’adage, il est loin d’être fini le temps des colonies et que l’imbrication de l’oligarchie financière internationale et des Etats dictatoriaux forment la trame de ce nouvel système de domination. L’anticolonialisme est une des dimensions essentielles d’une stratégie alter mondialiste pour qui veut combattre efficacement ce nouvel ordre colonial.



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